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Marcelle Marquet

Biographie Marcelle marquet

Femme de lettres, épouse du peintre Albert Marquet, Marcelle Marquet est née en 1892 dans la ville de Boufarik située à une trentaine de kilomètres d’Alger. Suite à sa rencontre en 1920, elle lui servira de guide pour visiter la capitale algérienne et elle l’épousera en 1923. Elle va ensuite gérer la carrière de son mari en négociant contrats et expositions. Partageant avec lui la passion du voyage, elle va explorer divers pays comme la Tunisie, le Maroc et la Russie à ses côtés entre 1928 et 1938. À chaque étape de ce tour du monde, une grande quantité de peintures, d'aquarelles, ainsi que de nombreux dessins et croquis sont réalisés par le peintre.

Écrivaine et conteuse unique, elle écrit de nombreux ouvrages dont une monographie de l’artiste, racontant son parcours et leurs souvenirs. Elle utilisera un pseudonyme, Marcelle Marty pour signer une partie de ses écrits. En 1935, parait un livre pour enfants, Moussa le petit noir. Merveilleusement illustré par Albert Marquet, ce roman raconte l’histoire est celle d'un enfant noir de Touggourt qui découvre la ville d’Alger.

Suivra la publication d’autres romans comme Zina (1935), Pluie de printemps (1937), Un sidi ou la vie est belle (1938), Il était une fois un alphabet (1951), un conte illustré par Souza Desnoyers et racontant l’histoire de la rencontre des peuples des Voyelles et des Consonnes.

Marcelle Marquet publiera également des recueils de poésie comme Trop-Plein (1947), À Mi-voix (1967) et Au fil de l’eau et des heures (1974).

Elle décèdera en 1984 en nous laissant deux monographies consacrées à son époux, Albert Marquet, Marquet (1951) et Albert Marquet – Voyages (1968).

Morceaux choisis

  • Pluie de printemps, 1937

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Juillet 2026)

Dans ce roman, Marcelle Marquet, connaissant bien la culture locale en Algérie, propose une réflexion profonde sur la condition féminine en Afrique du Nord, un univers contraignant où chaque pas est jalonné de défis. Elle raconte, avec douceur et intensité, l’histoire poignante de Taklit, confrontée aux épreuves de l’amour, du mariage et des attentes sociales, tout en explorant ses émotions et ses métamorphoses intérieures. L’héroïne grandit, mûrit, réfléchit, et cherche refuge dans la nature, cette échappée douce où elle trouve un espace de paix et de ressourcement. Dans l’insouciance de sa jeunesse, elle voit la vie dans « l’herbe trop verte », embaumée par « les odeurs de la terre » et la « joie des arbres ». Pour elle,

« La vie, c’est qu’elle va dire, entendre, c’est ce qu’elle attend, ce qui l’entoure, ce qu’elle pressent, ce qui la sollicite et l’inquiète, ce qui l’attire, la possède, la grise et l’effraie tout de même un peu ».

Mais, à l’épreuve du mariage, une belle-mère jalouse, lui prête de fausses intentions d’infidélité, la poussant à être répudiée.

Le texte, poétique, déploie de belles descriptions de la nature : l’éveil du printemps, l’arrivée bénigne de la pluie, stimulante, évoquant un lieu sacré, un sanctuaire où règnent « sécurité » et « contentement ». La pluie de printemps incarnera le renouveau et les métamorphoses discrètes qui ponctuent l’évolution de la vie. Malgré les déboires de Taklit, c’est l’espoir qui prend le dessus, à l’image d’un paysage immense et doux, capable d’accueillir à la fois le silence et l’agitation, et de retrouver sa sérénité intacte. La nature, avec sa puissance tranquille et sa patience, symbolise la résilience et la capacité à renaitre après chaque chaos.

« Le paysage immense et doux peut accepter un port vide ou bruyant et ce n’est pas l’agitation des hommes qui lui fera perdre de sa majesté. À la première éclosion du silence, un soir ou dans un moment d’abandon, il retrouvera, intacte et pleine, une sérénité qu’il doit à l’accord de ses lignes, la justesse de leurs proportions, au souple étirement des montagnes qui enclosent la baie, à la tranquille puissance d’arbres qui, au cœur de leurs vies séculaires, ont vu plusieurs fois des efforts longuement soutenus s’effondrer, et de brillantes vanités se dissoudre, sans laisser d’autres traces que de pierres poussiéreuses aux signes effacés. »

Le récit est aussi merveilleusement enrichi de dessins d’Albert Marquet en filigrane, silhouettes souvent de dos, esquissant en quelques traits des scènes de discussion, de femmes voilées — une présence discrète mais essentielle, soulignant la faiblesse de leur place dans la société.

Sources

Marcelle Marquet, Pluie de printemps, Lausanne, © La Bibliothèque des Arts, 1969, (1e éd. 1937), 311 p.