Biographie 
Martine Roffinella est née en 1961 et a grandi à Hyères, dans le Var. Femme de lettres française, elle développe une œuvre dense et plurielle qui explore les territoires de l’intime, du langage et des voix féminines. Son écriture s’intéresse aux liens entre les individus, aux expériences personnelles et aux multiples façons dont la littérature permet d’interroger la construction de soi.
Son premier roman, Elle (1988), met en scène la passion d’une adolescente pour son enseignante. Remarqué dans le paysage littéraire de l’époque, notamment à travers son passage dans l’émission Apostrophes, ce livre installe d’emblée une écriture audacieuse, attentive aux zones sensibles du désir, aux questionnements de l’adolescence et aux mouvements intérieurs des personnages.
Depuis cette entrée remarquée en littérature, Martine Roffinella a publié une trentaine d’ouvrages : romans, nouvelles, poésie et essais. La diversité de son œuvre témoigne d’un parcours littéraire ouvert, où se croisent différentes formes d’écriture et une réflexion constante sur la place de l’individu, la parole et la création.
Parallèlement à son travail d’autrice, elle mène une activité d’animatrice d’ateliers d’écriture, notamment en milieu scolaire, en centres d’action éducative et en maisons d’arrêt (Laval, Saint-Brieuc, Vesoul). Elle exerce également comme correctrice freelance, puis comme lectrice-correctrice et réviseuse de traductions pendant sept ans au sein des éditions Phébus.
Entre 2017 et 2018, elle tient dans la revue Genres une chronique littéraire intitulée « Les entretiens de Martine Roffinella », qu’elle poursuit ensuite sur son blog Sous le pavé, la plume. En 2019, elle devient éditrice et responsable de collection chez Terre en Ciel éditions. En avril 2025, elle rejoint le webzine ActuaLitté comme chroniqueuse, poursuivant ainsi son engagement critique et son regard exigeant sur la création littéraire contemporaine.
https://martineroffinella.fr/
Morceaux choisis
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (BS - Juillet 2026)
Éclatilles : éclats d’être et fragments de survie. Dans Éclatilles, recueil publié en 2025 aux Éditions des Utopies, Martine Roffinella déploie une poésie fragmentée et incandescente où le corps, la mémoire et le désir se confrontent aux expériences de la perte, de la vieillesse, de la guerre et de l’amour. À travers des « picoraisons poétiques », fragments brefs et denses, l’autrice poursuit son exploration des blessures de l’existence dans une langue heurtée, inventive et éclatée, où écrire devient un acte de résistance et de survie.
La structure du recueil repose sur une succession de fragments numérotés qui refusent toute narration. Chaque poème apparaît comme un surgissement, un éclat de conscience arraché au silence. Cette forme discontinue traduit un monde instable où le sujet lyrique ne se définit plus par une identité, mais par la faille, l’absence et le mouvement de la perte.
L’avancée poétique se fait dans la nuit et à travers l’éphémère. Le sentiment tente de contourner la chute annoncée du « ciel tombant », tandis que la présence, de son caractère provisoire, cherche à se dépouiller du temps :
« Pas dans la nuit, l’éphémère franchi,
le sentiment contourne le ciel tombant.
L’âme, provisoire, se dépouille du temps. »
L’existence devient une traversée où l’être tente de se libérer de ce qui l’alourdit.
Cette fragilité se manifeste dans la représentation du corps, marqué par le vieillissement et les blessures. La figure humaine apparaît vacillante, incapable de retrouver le « corps d’antan » :
« Vacillante, ridée, le cœur entaillé,
l’existence évite le corps d’antan.
L’âme, friable, se prive de sens.»
Le corps devient une matière soumise à l’érosion, tandis que l’identité se construit dans ce qui manque, dans les traces laissées par la perte.
La quête d’un refuge traverse le recueil, mais cet abri demeure précaire, réduit à une enveloppe fragile :
« Dans l’écorce, la quête d’un abri,
la quiétude fuit tambour battant.
L’âme, liquide, refuse le port. »
L’image de l’âme liquide exprime l’instabilité et l’impossibilité de trouver un ancrage définitif. Le sujet avance dans un mouvement entre vulnérabilité et désir de tenir debout.
La forme poétique épouse cette expérience de la dislocation. Les vers courts, les ruptures syntaxiques et les silences donnent au texte un rythme fragmenté. Martine Roffinella transforme la langue par des inventions lexicales qui traduisent l’impossibilité de dire l’expérience avec des mots ordinaires. Le langage devient alors un espace de création et de résistance.
Le titre même, Éclatilles, condense cette esthétique de la fracture : il associe l’éclat et le débris, la lumière et la brisure. La poésie de Roffinella ne cherche pas à réparer les blessures, mais à leur donner une forme et une puissance. À la croisée de l’intime et du collectif, le recueil transforme la fragilité en force et fait de la langue le dernier lieu de liberté, de survie et de vie.
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Sources
Martine Roffinella, Éclatilles, © Éditions des Utopies, 2025, 100 p.