Biographie 
Issue d’une famille d’artistes peintres, Martine Wattel est née à Rouen en 1952. Après des études de Lettres modernes et une formation à l’École des Beaux-Arts de Rouen, durant sa vie professionnelle elle n’a cessé de vivre ses deux passions : la peinture et l’écriture, tour à tour décoratrice et rédactrice au journal Marie-Claire pour la Normandie. Elle écrit des romans policiers dont les héros récurrents sont : une jeune artiste peintre et un commissaire burlesque, le dernier titre étant La valse des non-dits (2025).
Avec Romancières de la côte (2026), elle entraine ses lecteurs et lectrices dans une fiction qui réunit des écrivaines de divers horizons, diverses époques, ayant un lien avec l’océan, dialoguant entre elles sur ce thème. Elle nous offre ainsi l’occasion de découvrir ou redécouvrir des auteures et des textes indissociables de la littérature française.
Martine Wattel écrit et peint sur la côte Normande, sa source d’inspiration.
Morceaux choisis
- Romancières de la côte, 2026
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Octobre 2026)
Dans ce bel ouvrage, merveilleusement bien illustré par des reproductions de tableaux, Martine Wattel met en scène des rencontres entre des romancières « de la côte » dans cinq villes normandes et nous propose une sélection de leurs textes où la mer est bien plus qu’un décor : elle est un symbole de la vie, une invitation aux rêves et aux voyages. Lors de leurs échanges, elles racontent leurs combats pour la préservation des océans et pour les droits des femmes. On les voit vibrer d’une volonté de fer, traversées par leurs peurs et leurs doutes. Porté par ces dialogues, de la côte d’Albâtre à la côte Fleurie, de Fécamp à Deauville en passant par Le Havre, Trouville et Honfleur, le lecteur découvre comment l’univers maritime devient une source d’inspiration.
La mer, avec ses multiples visages, est un thème largement représenté en peinture. Sensible à cette dimension, Martine Wattel mêle Beaux-Arts et littérature. Elle ouvre l’ouvrage avec trois tableaux qui soulignent la richesse de ce symbole marin et les « humeurs » de la mer : « Silhouettes avant l’aube », de Lucien-Hector Monod, montre une femme observant des esquisses de bateaux voguant dans la brume matinale ; « Crépuscule au Pouliguen » d’Édouard Vuillard, marque la perspective du soir dans le regard de quatre femmes assises sur une jetée face à une mer calme ; et « Nu de Madame Russell au bord de la mer » de John Peter Russell, révèle une femme nue de dos, vulnérable mais porteuse d’une force intérieure, face à l’océan. D’autres tableaux ponctuent les échanges littéraires des cinq parties du récit, avec des titres évocateurs comme « Déferlantes, Brise-lames, Traversée, Tempête et Ancrage ». Ainsi se déploie une invitation au voyage : une mer « magnétique » dans toute sa puissance, espace de liberté à perte de vue, port d’ancrage et lieu de recueillement. Reflet des émois guidés par les marées, la mer devient aussi symbole de renouvellement et de renaissance. Au fil des conversations entre les protagonistes, Martine Wattel nous livre quelques extraits de leurs œuvres, offrant tour à tour un paysage marin figé comme dans une scène impressionniste et, parfois, une réflexion qui pousse à la méditation.
Place à Fécamp avec Catherine Poulain, Claudie Gallay et Anita Conti, la première femme océanographe française. Anita Conti raconte la naissance de sa vocation et son engagement pour la protection des ressources marines ; Catherine Poulain partage son expérience houleuse en Alaska face aux tempêtes que Claudie Gallay évoque si bien dans Les Déferlantes. Annie Ernaux et Simone de Beauvoir se croisent ensuite dans une brasserie au port du Havre, unies par leur combat pour le respect des femmes ; elles évoquent aussi Venise en écoutant le cri des mouettes. Leur échange, fort et mesuré, réunit deux monuments de la littérature féminine. À Trouville, Marguerite Duras et Marguerite Yourcenar dialoguent en promenade, sur les traces de Proust et, peut‑être, dans l’ombre de Madame Bovary… Duras écrit : « On est eau de mer ». Yourcenar répond que « la mer aère… on a le sentiment d’être à la frontière entre l’univers et le monde humain ». Bien que leurs ressentis diffèrent, elles rejoignent l’idée de la mer comme écho des émotions. Pour illustrer l’apaisement de la mer après la houle, Martine Wattel propose un extrait lumineux suivi d’un texte sur la personnification de la mer dans La Vie tranquille, faisant écho aux Vagues de Virginia Woolf, traduit par Yourcenar.
Le prochain rendez‑vous réunit Françoise Sagan, Karine Lebert et Lucie Delarue-Mardrus sur une terrasse à Honfleur, ville natale de Delarue-Mardrus. Ensemble, elles offrent des échanges riches sur la liberté, le retour aux sources et « cette part de mystère qui nous échappe ». Partir, s’épanouir et voyager, à l’instar des autres romancières, mais avec une intensité accrue dans leur vécu, parfois à la limite de l’insolence et de la provocation. Martine Wattel conclut son récit à Deauville, dans la partie « Ancrage », sur un ton apaisant : la mer apparait comme un espace amical, un lieu de silence invitant à la méditation, source de lumière et de ressourcement pour celui qui sait l’apprivoiser.
Martine Wattel nous transporte hors du temps, au bord de la mer, pour offrir, au fil des saisons, des extraits littéraires commentés par ces grandes romancières qui deviennent elles-mêmes des personnages de fiction, à travers un seul chapitre palpitant. Déployées ainsi, leurs visions se croisent, se répondent et dialoguent dans une même respiration, ouvrant une dimension nouvelle où la mer n’est plus seulement un cadre, mais un levier d’empathie et de réflexion.
Dans le cadre des belles découvertes littéraires estivales, Romancières de la côte apparait comme un ouvrage original qui nous invite à aller au-delà du thème marin et à explorer ce qui fait l’humanité : nos désirs, nos peurs, nos combats pour la liberté et pour la dignité, nos gestes de résistance et nos rêves de renouveau.
Sources
Martine Wattel, Romancières de la côte, © Éditions des Falaises, 2026, 75 p.