Biographie 
Meryem Belkaïd, parfois appelée Meryem Nejwa Belkaïd, est une écrivaine et universitaire algérienne dont le parcours la mène d’Alger à la France, puis aux États‑Unis. Née en 1977 dans la capitale algérienne, elle grandit dans un environnement où la mémoire, l’histoire et les récits du quotidien nourrissent très tôt son imaginaire et orientent son regard d’autrice et de chercheuse.
Après deux années de classes préparatoires littéraires en Algérie, elle s’installe en France en 1995. Elle y obtient une Licence de Lettres modernes à la Sorbonne Nouvelle, puis un master de recherche à Sciences Po Paris consacré au monde arabe. Elle poursuit ensuite un doctorat en littérature française et francophone, où elle s’intéresse aux écritures de la marge, au roman policier et aux récits de dissidence.
En 2023, elle rejoint les États‑Unis et devient Associate Professor au Bowdoin College, dans le Maine. Elle y enseigne les littératures francophones, les études postcoloniales, le cinéma maghrébin et les écritures de l’exil, développant une approche à la fois littéraire, politique et sensible.
Parallèlement à sa carrière universitaire, elle écrit. Son roman Écris et je viendrai, publié en 2024, explore les thèmes de la mémoire, de la transmission et de l’absence. L’ouvrage est finaliste du Prix des cinq continents de la Francophonie 2026, confirmant la singularité de sa voix dans la littérature algérienne contemporaine.
Aujourd’hui, Meryem Belkaïd poursuit une œuvre située entre recherche et création, attentive aux voix marginalisées et aux récits de migration, avec une écriture marquée par la finesse, la sensibilité et une profonde humanité.
Morceaux choisis
- Écris et je reviendrai, 2024
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (BS - Juin 2026)
Écris et je reviendrai : plus qu’un titre, cette promesse résonne comme le manifeste d’une vie entière dédiée à la réparation des mémoires. Dans ce récit, Meryem Belkaïd définit une écriture qui s’érige en acte de défi face à l’oubli, tout en tressant une réconciliation indispensable avec l’histoire profonde de l’Algérie, notamment en revisitant les zones d’ombre de la décennie noire. Le titre lui-même résonne comme une promesse de retour symbolique à soi-même et à ses racines profondes. Dans ce texte, l’écriture devient le seul pays où l’on ne se sent jamais étranger ; elle est un moyen de préserver les mémoires individuelles face au risque d’effacement mémoriel.
Dès la couverture, le choix de la photographie de Nasser Medjkane, un manège tournoyant dans la nuit d'Alger, offre une métaphore puissante : il représente à la fois l’insouciance d’une enfance perdue et le « tourbillon » des événements tragiques qui emporte les deux protagonistes, Ali et Leïla, loin de leurs repères. Meryem Belkaïd y interroge sans relâche la capacité des écrivains à transformer la fracture identitaire en une force créatrice. Elle met en lumière les tensions internes, souvent douloureuses, que vivent ceux qui habitent plusieurs cultures et plusieurs langues simultanément. Selon son analyse, l’écriture permet de rendre visibles des expériences longtemps ignorées par les récits nationaux officiels, offrant ainsi un contrepoint nécessaire et réhabilitant des voix effacées par les silences de l’Histoire. Pour elle, le texte devient une véritable thérapie contre la fragmentation de l’être, permettant de recréer une continuité là où l’exil avait imposé une rupture.
Dans ce roman, Meryem Belkaïd ne se contente pas de raconter les années 90 ; elle tisse un lien historique entre le traumatisme colonial et la tragédie de la décennie noire. À travers les figures d’Ali et Leïla, elle explore une paternité partagée : celle de pères intellectuels, figures de proue de l'intelligentsia algérienne, assassinés ou contraints d'exiler leur progéniture pour la protéger.
Le livre devient alors une quête de vérité où les personnages tentent de donner un sens à leur sillage. Elle évoque avec une précision poignante les massacres de civils, comme celui de Bentalha et les assassinats ciblés d'intellectuels, rappelant l’horreur d’une époque où le pays semblait « dévorer ses propres enfants ». C'est au cœur de cet exil, entre Paris et New York, qu’Ali adresse à Leïla cette injonction qui résume toute la pensée de l’auteure : il faut « apprendre à être soi tout en étant du monde ». Cette phrase, pivot du récit, suggère que l’identité ne doit pas être un repli, mais une synthèse courageuse entre ses racines et l'universalité.
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Sources
Meryem Belkaïd, Écris et je reviendrai,© Éditions Casbah, 2023, 176 p.