Biographie 
Née en 1974 à Pondichéry dans une famille créole, Mirashakti, pseudonyme de Mireille Santo, a grandi en Inde où elle a étudié le français avant d’embrasser un parcours universitaire en France. Diplômée en Lettres modernes de l’Université Paris XIII, elle réside aujourd’hui à Paris, tout en faisant des voyages réguliers vers son pays natal. Fonctionnaire au Ministère de la Culture, elle se laisse guider au quotidien par l’art et la culture pour nourrir ses textes.
Elle collabore à plusieurs ouvrages collectifs, écrivant des nouvelles qui abordent des thèmes aussi variés que l’amour, la fin de l’enfance, la liberté, la magie et la quête spirituelle. En partageant son univers, elle offre au lecteur un regard intime sur la culture tamoule, et, plus largement, sur la double culture et la créolité.
Parmi ses textes, Maya, une de ses nouvelles, a été primée par le CAP (Collectif des Associations de personnel) du Ministère de la Culture en 2008.
Dans son premier roman, Les déesses chutent mais ne tombent pas, paru en 2024, trois femmes tissent des destins croisés entre l’Inde et la France durant la transition de Pondichéry en 1962, chacune luttant pour exister à sa manière. Le récit mêle drame historique et force féminine, montrant comment appartenance, sacrifice et choix façonnent leur quête de liberté.
Morceaux choisis
- Les déesses chutent mais ne tombent pas - Des femmes à Pondichéry, 2024
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Août 2026)
Avec ce premier roman, Mirashakti vient enrichir la littérature francophone en mêlant habilement récit historique, poésie et réflexion philosophique, et en donnant une voix forte aux femmes et à la sagesse ancestrale hindoue. Il explore avec finesse les thèmes de résilience, d’identité et d’émancipation, tout en évoquant la richesse culturelle de l’Inde et de la France. L’autrice tisse le destin de trois femmes dont les trajectoires, entre l’Inde et la France, se croisent avec intensité. Malar, Eva, et Ernestine évoluent dans un contexte marqué par la transition de Pondichéry en 1962. Chacune, à sa manière, mènera son propre combat pour exister et trouver sa voie. Ernestine, une femme forte et résiliente face à l’infidélité de son mari, dirige avec courage l’Hôtel Magry. Eva, jeune fille révoltée par l’hypocrisie de sa famille, s’enfuit du foyer familial pour tracer sa voie. Malar, l’humble domestique indienne, méprisée, trouve la force de quitter son pays en quête d’un meilleur avenir. Leur parcours, empreint de sacrifices, illustre la difficulté de choisir entre appartenance et liberté, entre tradition et émancipation.
L’histoire se déploie à Pondichéry, en 1962, au moment où la ville se prépare à changer de destin. Le récit évoque avec beaucoup de sensibilité la nostalgie de l’appartenance ainsi que le sacrifice silencieux de ceux qui quittent leur terre pour un avenir incertain en France. Le prix de ce choix, lourd, est traversé par la lumière tenace de celles qui refusent de se laisser submerger par les vicissitudes du quotidien. La narration, captivante dès ses premières pages, mêle drame et force intérieure, révélant des femmes courageuses incarnant la force du féminin face à l’adversité et bien décidées à prendre leur destin en main.
Une dimension intemporelle se déploie à travers la référence au Louvre, lieu où « tout le génie et la recherche esthétique » se conjuguent, et où la Joconde et Aspasie évoquent la richesse de l’art et de l’histoire. Une touche d’étrangeté apparait avec la voix d’une déesse-statue, introduisant la sagesse hindoue de la Shakti, cette énergie divine qui, sous ses multiples formes, incarne la résistance, la résilience et la force féminine universelle.
En nous plongeant dans la richesse de la mythologie hindoue, le passage qui suit, écrit sur un ton quasi prophétique, nous permet d’entrevoir la plénitude de cette essence divine féminine latente en chaque femme.
« Il y a, en chaque femme une déesse qui ne demande qu’à éclore, mais les femmes l’ignorent, car ce n’est pas ce qu’on leur a dit depuis qu’elles ont vu le jour. (.)
Les femmes de ce pays ignorent donc leur essence divine et finissent par croire à tous ces mensonges que les hommes et les femmes leur serinent à longueur de vie. Elles ont oublié qu’elles sont puissantes et que si elles ordonnaient à la Terre-Mère de s’ouvrir, celle-ci leur obéirait comme par le passé, que si elles défaisaient leur chevelure, elles pourraient incendier toute une ville et qu’une seule malédiction sortie de leur bouche pourrait décimer une nation entière. Elles sont toutes descendantes de Sita, de Kannagi et de Draupadi.
Leur esprit a été corrompu par une idéologie fausse déversée dans leur cœur, sournoisement mélangée au miel du lait maternel. Elles errent aujourd’hui dans l’épais brouillard de la peur qu’elles transmettent en héritage à leurs propres filles. Elles œuvrent contre elles-mêmes persuadées d’être incomplètes et imparfaites. (.)
Nous sommes Une et Multiple.
Nous sommes Shakti depuis la nuit des temps.
Nous sommes la force, l’énergie, la fille-lumière ; tour à tour généreuse, nourricière ou meurtrière. Nous sommes la mère cosmique ou la mère terrestre, pour certains nous sommes Maya – l’illusion - le mirage insaisissable de la création ou Kali – la destructrice – l’obscure qui réunit autour d’elle Kala le temps, Viveka, la discrimination permettant de séparer le bien et le mal et Vidya la consciente éclairante. »
En prenant conscience de cette force qui lui ouvre la voie à une compréhension plus riche et spirituelle de sa puissance, la femme se transforme et pourra s’épanouir pleinement. Avec cette révélation, l’autrice nous offre ici des perspectives inédites, nous invitant à une réflexion profonde sur le rôle de la femme en tant qu’incarnation d’une énergie créatrice et divine. À méditer…
Sources
Mirakshakti, Les déesses chutent mais ne tombent pas - Des femmes à Pondichéry, © L’Harmattan, 2024, 157 p.