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Mohamed Loakira

Biographie Mohamed loakira

Mohamed Loakira, poète et écrivain d’expression française, naît à Marrakech en 1945. Il grandit à Marrakech. Après ses études secondaires dans sa ville natale, il poursuit des études supérieures en lettres, puis en sciences de l’information, tout en menant une carrière dans l’administration.

Il exerce des responsabilités, notamment celle de responsable du département de la coopération universitaire au ministère de l’Enseignement supérieur, puis celle de directeur des Arts au ministère de la Culture. Parallèlement, il s’investit dans la vie culturelle et littéraire marocaine. Il collabore à plusieurs revues, dont Souffles, Intégral et Lamalif, participe à des rencontres consacrées à la poésie et aux arts plastiques et conçoit des lectures-spectacles associant poésie, musique et peinture, notamment avec le musicien gnaoui Majid Bekkas.

Son premier recueil, L’Horizon est d’argile, paraît en 1971, avec une préface d’Abdellatif Laâbi. Suivent notamment Marrakech-poème (1975), Chants superposés (1977), L’Œil ébréché (1980), Moments (1981), Semblable à la soif (1986), Grain de nul désert (1994), Marrakech : l’île mirage (1997), N’être (2002), Contre-jour (2004), Confidences d’automne (2011), Et se voile le printemps (2015). Il explore également le récit et le roman avec L’Esplanade des saints & Cie (2006), À corps perdu (2008), L’Inavouable (2009) et La Nuit des disgraciés (2015).

Lauréat du Prix Grand Atlas de poésie en 1995 pour Grain de nul désert, puis du Prix Grand Atlas du roman francophone en 2010 pour L’Inavouable, Mohamed Loakira est également chevalier des Palmes académiques et de l’Ordre des Arts et des Lettres. Il meurt le 13 décembre 2023.

En 2021, paraît son Œuvre poétique en deux volumes, préfacée par Jacques Alessandra. Cette publication rassemble plus de cinq décennies de création et offre une vision d’ensemble d’un parcours poétique profondément ancré dans l’histoire intime et collective du Maroc.

Morceaux choisis

  • Œuvre poétique, 2021

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (BS - Novembre 2026)

L’écriture de Mohamed Loakira s’inscrit dans une mémoire intime et collective. Les deux volumes de son Œuvre poétique, publiés aux Éditions Marsam, composent une anthologie qui traverse des décennies, des années soixante-dix aux recueils récents. Cette poésie s’abreuve dans une double épreuve : la séparation douloureuse d’avec ses enfants pendant plus de vingt ans et la confrontation aux mutations sociales et culturelles de son pays, notamment aux transformations et aux défigurations de Marrakech, sa ville natale.

Loin des conventions, Mohamed Loakira conçoit le langage comme un affrontement, un espace où le chaos de l’existence dialogue avec l’angoisse, la révolte et la quête de liberté.

Pour lui, écrire relève d’une nécessité viscérale :

« la balle empoisonnée

qui circule dans mon sang

est le gage de mes poèmes ».

Dans le premier volume, la tragédie intime rejoint le tragique historique. Comme le souligne Jacques Alexandra dans sa préface, l’écriture révèle « une manière proustienne de se tourner vers lui-même… ». Une voix incisive et pudique explore l’absence, l’errance et l’exil intérieur. La lecture critique d’Abdellatif Laâbi montre que cette démarche dépasse la confidence pour devenir témoignage et accusation, portant la parole d’un peuple qui condamne l’injustice et aspire au changement. La sobriété des poèmes donne force aux messages lancés à bout portant et rappelle que « la poésie n’est pas que littérature ».

La poésie devient une urgence vitale, une résistance au néant, à l’obscurcissement des consciences et aux violences du monde. L’exil, la déréliction s’expriment brutalement :

« Assassiné

déraciné

jusqu’au poil énigmatique

tu pues la vapeur le charbon

de bistrot en bistrot

ton cul ramasse les miettes des injures

le matin ».

 

Devant l’injustice sociale, le poète hurle la détresse de sa terre :

« Ah ! mon pays

dans ton pays

soleil

dattes

hommes syphilitiques

sans-logis

sans-pain ».

 

Le second volume prolonge cette exploration et élargit l’horizon de la conscience poétique. La maturité méditative n’efface pas la ferveur contestataire des débuts. Loakira rassemble les « épidémies créatrices » : l’amour de Marrakech, les figures tutélaires, les amitiés, les disparus et le souffle de la création. Son écriture devient plus réflexive : le poète revisite son itinéraire et remonte aux sources de son inspiration, dans une démarche aux résonances proustiennes. Cette traversée mène parfois à la contemplation de la finitude :

« Le soir, à travers ténèbres et réclusion,

compatissant,

je partage l’exiguïté du caveau avec un bébé

aux prises avec la mort. »

 

L’intime rejoint alors l’universel : fragilité, attente et séparation deviennent matière poétique.

En somme, l’œuvre poétique de Mohamed Loakira constitue un édifice majeur de la modernité littéraire nord-africaine. Exigeante, rebelle et humaine, elle transforme les blessures personnelles et historiques en parole de résistance. En refusant les compromissions et en cultivant une esthétique du risque, le poète transmue la douleur en un chant d’amour indéfectible pour la vie, les êtres et la terre natale.

https://alahrar.net/fr/mohamed-loakira-le-souffle-insoumis-de-la-poesie-marocaine/

Sources

Mohamed Loakira, Œuvre poétique en deux tomes, © Éditions Marsam, 2021.