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Nacer Bouslimani

Biographie Nacer bouslimani

Nacer Bouslimani, écrivain et journaliste algérien, est une voix singulière dont le parcours mêle engagement intellectuel, expérience pédagogique et exploration littéraire. Né en 1960 à Djemâa Saharidj, dans la commune de Mekla, il grandit en Kabylie où il effectue sa scolarité primaire et moyenne avant de poursuivre ses études secondaires en internat au lycée Amirouche de Tizi-Ouzou, couronnées par un baccalauréat en sciences commerciales en 1979.

Après deux années d’études en sciences financières à Alger, interrompues dans le contexte du mouvement de 1980, il se tourne vers l’enseignement du français en Kabylie. Il se forme ensuite à l’Institut de Technologie de l’Enseignement de Tizi-Ouzou avant d’exercer pendant dix ans comme professeur de français au collège de Souama.

Son intérêt pour l’écriture le conduit vers le journalisme : correspondant à l’hebdomadaire Ruptures en 1993, puis co-animateur de la “der” du Quotidien de Kabylie en 1999, où il signe sous pseudonyme. Parallèlement, il construit une œuvre romanesque marquée par la tension entre mémoire, exil et lucidité critique : Le retard d’Ève (1994), Algérie, terre de paroxysmes (2000), puis Paris l’ogresse (2026), un roman de l’exil et de la déchirure.

Installé en France depuis 2002, il poursuit un long parcours dans la formation linguistique, l’alphabétisation, la lutte contre l’illettrisme et l’insertion socioprofessionnelle. Diplômé en enseignement du français (1987), en sciences du langage (Paris 8, 2006) et en coordination de projets d’insertion (CNAM, 2011), il se forme également au copywriting (2021) et à la relecture-correction (EFLC, 2024).

Depuis mars 2025, il est retraité, tout en poursuivant son travail d’écriture et de transmission.

Morceaux choisis

  • Paris, l’ogresse, 2026

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (BS - Juin 2026)

Avec Paris l’ogresse, Nacer Bouslimani plonge au cœur des fractures laissées par l’exil, là où les destins se brisent entre deux rives. Dans un village kabyle vidé de sa jeunesse, la mort de Karim réactive les colères et les silences accumulés par les départs successifs. Paris, accusée de « séduire, dévorer et rejeter », devient l’emblème d’une capitale qui attire les vivants et ne renvoie que des ombres. À travers ce récit tendu entre amour passionnel, déracinement et désillusion, l’auteur interroge les violences invisibles qui accompagnent ceux qui partent et hantent ceux qui restent, révélant une humanité fragile mais persistante dans ses élans et ses blessures.

Dans Paris l’ogresse, Nacer Bouslimani met à nu les blessures intimes que l’exil imprime dans les corps et dans les consciences. Loin des récits héroïques ou des mythologies de l’ascension sociale, il montre un exil fait de fissures, de renoncements et de violences intimes, souvent tues ou inaperçues. Dès les premières lignes, le roman impose une vérité brutale :

« Six mois après un retour forcé dans son village natal de Kabylie, Karim s’est donné la mort. »

Cette phrase est comme un coup de tonnerre : elle ne raconte pas seulement une fin tragique, elle dévoile l’ampleur d’une déchirure qui s’est creusée lentement, silencieusement, entre deux mondes.

Karim revient « brisé » après dix années passées à Paris, une ville qui l’a attiré, façonné puis rejeté. L’exil, ici, n’est pas seulement un déplacement géographique : c’est une expérience totale, qui transforme l’être jusqu’à l’épuisement. Nacer Bouslimani explore cette zone grise où l’on n’appartient plus vraiment ni au pays quitté, ni à celui qui vous accueille. Le retour forcé de Karim n’est pas un retour au sens plein : c’est un arrachement supplémentaire, une seconde perte, comme si la vie elle-même poursuivait sa volonté de le briser.

La violence des grandes villes, que le texte décrit comme des forces qui « séduisent, dévorent et rejettent », n’est jamais spectaculaire. Elle est diffuse, insidieuse, presque imperceptible dans le quotidien : le regard froid d’un employeur, la solitude des chambres exiguës, le poids des attentes interminables. C’est cette violence-là que le roman met en lumière, celle qui use, qui ronge, qui finit par broyer les êtres de l’intérieur. L’exil devient alors une épreuve qui laisse des cicatrices irréversibles, des marques que ni le village natal ni la ville d’accueil ne peuvent effacer.

En développant cette tragédie intime, N. Bouslimani interroge la condition de ceux qui partent, mais aussi le regard de ceux qui restent. L’exil n’est pas simplement un mouvement individuel : il est un phénomène collectif, un drame partagé entre les deux rives, entre ceux qui s’absentent et ceux qui survivent à leur absence. Et c’est dans cet entre-deux, dans cette fracture ouverte, que Paris l’ogresse trouve sa force et sa résonance universelle.

https://www.diasporadz.com/paris-logresse-de-nacer-bouslimani-un-roman-de-lexil-et-de-la-dechirure/

Sources

Nacer Bouslimani, Paris l’ogresse, © Éditions Librinova, 2026, 230 p.