Biographie 
Né en 1912 à Bwan dans la province du Mouhoun au Burkina Faso (anciennement Haute-Volta), Nazi Boni est considéré comme le premier écrivain de son pays. Il commence ses études à Ouadadougou avant d’aller au Sénégal où il obtient son diplôme d’instituteur à l’École normale de Dakar. Après un début de carrière dans l’enseignement, il se tourne vers la politique. Élu aux élections législatives sous la bannière du parti l’Union Voltaïque, il représente son pays à l’Assemblée nationale française de 1948 à 1957.
En raison des tensions politiques il est forcé de s’exiler à Dakar où il publie en 1962 Le Crépuscule des temps anciens, une chronique qui relate la guerre coloniale du Bwanu, son pays natal.
En 1971, parait un autre ouvrage dans la même veine, Histoire synthétique de l’Afrique résistante, qui témoigne encore une fois de son engagement pour l’Afrique et pour l’humanité. Nazi Boni y décrit les souffrances d’un peuple face à la conquête coloniale. Par ailleurs il abordera des thèmes tels que la démocratie, la décolonisation, l’indépendance, l’unité africaine et le civisme dans de nombreux articles dans la presse africaine.
Morceaux choisis
- Crépuscule des temps anciens, 1962
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Août 2025)
Avec Crépuscule des temps anciens, Nazi Boni nous décrit une société bien ancrée dans ses traditions et qui est sur le point de subir une grande transformation avec la colonisation. En prenant l’exemple du village de Bwanu au Burkina Faso, l’auteur raconte la vie authentique des villageois sur un ton lucide et bienveillant. Ponctuant son récit de termes empruntés à une des langues du pays, le bwamu, il nous plonge dans la culture locale en montrant l’évolution des personnages dans leurs activités quotidiennes, allant des occupations courantes aux loisirs (soirées de devinettes, chants, fêtes musicales, conseils de l’Ancêtre Gnassan avec l’appel à la solidarité, compétitions sportives etc.) en passant par une grande cérémonie traditionnelle du yumu (« obsèques ») organisée pour l’Ancêtre Diyioua. Progressivement viendra le choc culturel lors du premier contact avec « l’homme blanc » entrainant un grand bouleversement des coutumes locales. Sentant leur précieux patrimoine en danger et l’annonce des hostilités en raison de la domination des envahisseurs, les villageois essaient de s’organiser pour résister de façon stratégique.
Dépossession et déculturation riment avec éducation et restructuration, richesse avec détresse lorsqu’il s’agit d’héritage colonial. La dimension historique de ce récit nous fait penser à la reconstruction d’autres colonies après la décolonisation. Bien connaitre et comprendre ses racines permet un ancrage solide pour avancer et réussir au contact d’autres communautés. Dans son avant-propos, Nazi Boni insiste sur la force des traditions prestigieuses qui sont une véritable ressource pour rebondir : « L’Afrique ne serait pas l’Afrique si elle avait honte d’un passé dont elle n’a qu’à se glorifier, et où elle doit puiser la sève indispensable à sa réédification, si elle veut être efficiente (.) »
Sources
Nazi Boni, Crépuscule des temps anciens, © Présence africaine, 1962, 256 p.