Biographie 
Écrivain, poète, journaliste et critique littéraire, Paulin Joachim est né en 1931 à Cotonou. Après avoir passé son adolescence à Libreville au Gabon où il croise le prêtre-écrivain André Raponda-Walker, il part faire des études en France juste après la Seconde Guerre mondiale et commence une carrière de journalisme à Lyon. En arrivant à Paris en 1953, il est influencé par l’existentialisme et le mouvement de la négritude.
Paulin Joachim travaille brièvement comme secrétaire particulier du poète Philippe Soupault avant d’intégrer l’École supérieure de journalisme. En 1958, il est recruté par Pierre Lazareff à France-Soir, ce qui lui permet de suivre les débats politiques avant les indépendances africaines.
Il collabore à plusieurs revues telles que Présence africaine et Tam-Tam et publie des recueils de poésie aux titres évocateurs comme Un nègre raconte (1954), Anti-Grâce (1967), Oraison pour une re-naissance (1984) et Éclairs d’ébène et de diamant (2002).
Morceaux choisis
- Femme noire ma mère, Un nègre raconte, 1954
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Octobre 2025)
Dans un extrait du poème « Femme noire ma mère », on peut apprécier la profondeur des émotions qui suscitent tendresse et nostalgie. La célébration de la maternité accompagnée de références à la jeunesse et à la vitalité, confère une dimension universelle qui résonne avec le lecteur.
« Ce jour de bien piètre soleil
Dans une encoignure du Luxembourg
Confortablement installé dans un rêve vert parfumé
Douce et tendre mère
qui songe à Kokou éperdument
Les yeux clos dans le jour à peine ouvert
Je crois que tu t’es bien réveillée ce matin
Longtemps encore les dieux te maintiendront dans tes sentiers
Longtemps encore dans le jour chutant tes ailes battront
Et rompant de leurs jeux les amarres
Brisant leurs liens
Ventre à terre sur les distances
Tes petits poussins reviendront réchauffer le sang de tes veines
Avec la fièvre de leurs yeux
Et la vigueur de leurs jeunes années
Contre les flancs tièdes comme une couche conjugale
Mère douce et tendre
Tu es heureuse et tu chantes dans le matin enfantelet
Ton contralto ferme s’élève
Au-dessus d’un duo divin de touracos
Assaute comme une flèche le pic du toit conique
Qui filtrait sur nos sommeils empagnés
Le regard enchanté de la lune
Revient à la terre se prosterner dans la poussière au pied des idoles (.) »
Le rythme poétique associé aux thèmes spirituels évoqués nous invite à une douce méditation sur le lien entre la nature et la figure maternelle.
Sources
Femme noire ma mère, Un nègre raconte, Paris, © Éditions Caractères, 1954.