Biographie 
Romancier, nouvelliste et poète, Philippe Delerm est né en 1950 dans le Val d’Oise. Après des études de lettres à Nanterre, il enseigne dans un collège en Normandie. Parallèlement à l’enseignement, il écrit ses premiers manuscrits dès 1976 mais connaitra le succès en 1997 avec La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. Il publie ensuite de nombreux romans, tels que Il avait plus tout le dimanche (2000), La sieste assassinée (2001), des nouvelles comme L’envol (1995) et des essais comme Les chemins qui nous inventent (1999) tous caractérisés par l’attention aux petits bonheurs
Dès 2007, il quitte l’Éducation nationale en 2007 et se consacre entièrement à l’écriture. Il publiera deux récits autobiographiques, Écrire est une enfance (2011) et Journal d’un homme heureux (2016).
Dans son œuvre, Phillipe Delerm privilégie les sensations souvent liées à l’enfance, l’émotion et la sensualité plutôt que la logique ou l’analyse rationnelle. Ses textes, proches du poème en prose, tendent davantage vers le lyrisme que vers le récit narratif. Ce qui nous touche, c’est sa façon de communiquer son optimisme en nous invitant à valoriser, comme lui, les petites joies familières.
Morceaux choisis
- « Le jardin mouillé, Giverny », Les chemins nous inventent, 1997
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Février 2026)
Dans son recueil de « flâneries », très poétiquement intitulé Les chemins qui nous inventent, Philippe Delerm nous livre ses impressions sur une nature apaisante et pleine de ressources. Le chapitre « Le jardin mouillé, Giverny » révèle la beauté d’une description sensible du jardin de Giverny à l’automne.
« Venir à Giverny dans le jardin mouillé, quand octobre déjà flamboie en vigne vierge rougeoyante sur les murs alentour, quand tout alentour, quand tout autour le village soudain ressemble à un village, avec ses habitants, son école à la cour penchée, son rythme, son identité. Octobre. Le nom est doux à boire, coule dans la gorge comme un vin muscat. Octobre à Giverny, c’est la promesse d’un automne à la française, où l’onctuosité de la Normandie se mêle à l’aristocratie d’une Ile-de-France toute proche. Partout, au début de l’automne, on fait de la gelée de coings, de mûres. Ici, Monet marchait dans son jardin, et préparait des confitures de lumière.
J’entre dans le jardin gris et mouillé. Gris, Je ne l’avais jamais vu chanter dans cette tonalité qui semble froide, et cependant… Les asters, les cosmos aiment la douceur de ce gris, qui rend plus éclatant le blanc, plus délicats, plus nuancés le bleu, le mauve pâle, savamment déclinés en touffes de fraîcheur jusqu’au crépi rosé de la maison, à ses volets vert sombre. (.)
Dans le jardin trempé, les dahlias sont les vedettes de l’automne, du rose dragée au rouge sang, du pastel au velours, avec au bord de leurs pétales ce qu’il faut de légèreté, mais au cœur de la fleur ce qu’il faut d’opulence. Les cléomes ébouriffés affectent de ne pas trop s’en vexer, mais non, vraiment, leur rose est un peu grêle, leur forme trop sophistiquée. Quelques roses tardives et sombres se rouillent imperceptiblement stoïques et penchées, comme accablées par le poids de leur beauté finissante. (.)
C’est ça, aussi, le miracle de Giverny : malgré les autres, chacun y redevient soi-même ; chacun trouve au bord de l’étang ce reflet du bonheur qui chante pour lui seul son secret de lumière. »
Ce texte nous bouleverse par sa puissance et la finesse des images, comme lorsque l’auteur évoque l’automne qui « flamboie en vigne vierge rougeoyante » ou le « gris » du jardin, qui, paradoxalement, « semble froide, et cependant » vibrant d’une douceur lumineuse. La métaphore de Monet « marchant dans son jardin, et préparant des confitures de lumière » illustre magnifiquement cette union entre nature et art, conférant au lieu une aura magique. La description des dahlias, aux « pétales de velours » du « rose dragée au rouge sang », met en valeur la richesse et l’opulence de la saison. Avec Monet et Philippe Delerm, la nature flamboie à l’automne au jardin de Giverny qui devient un véritable lieu de révélation, un bel espace de paix et de ressourcement.
Sources
Philippe Delerm, Les chemins nous inventent, © Stock, 1997, 120 p.