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Pierre Makombo Bamboté

Biographie Pierre makombo bambote

Né en 1932 à Bangassou, à plus de 700 km à l’est de Bangui, Pierre Makombo Bamboté est le premier écrivain centrafricain à être publié en 1962 avec son recueil de poèmes, La Poésie est dans l’histoire. Journaliste et sociologue de formation, il a longtemps représenté son pays à l’UNESCO.

Professeur de littérature africaine à l’Université Laval à Québec, il publie en parallèle des nouvelles et des recueils de poésie.

En 1972, parait Princesse Mandapu, un roman qui explore les mythes séculaires des peuples africains ainsi que le culte des ancêtres et les rituels initiatiques tout en les associant à l’histoire contemporaine.

On peut aussi citer quelques recueils de poésie, Chant funèbre pour un héros d’Afrique (1962), Technique pour rien (1973) et des nouvelles en vers, Les Deux Oiseaux de l’Ubangui (1968).

Il décède à Montréal en 2016.

Morceaux choisis

  • Princesse Mandapu, 1972

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Juillet 2025)

Sur un ton satirique, Bamboté raconte l’histoire de Monsieur Boy, un fonctionnaire tyrannique et de Mokta un commerçant rusé dans une ville centrafricaine corrompue, dénonçant les abus des dictateurs africains après l’indépendance. Pour sortir d’une affaire épineuse, Monsieur Boy passe un accord avec Mokta et n’hésite pas à sacrifier sa fille, Mandapu. Dans une ambiance assez malsaine, l’auteur réussit à nous toucher avec un passage où Mandapu essaie de trouver de l’espoir en s’approchant de la nature.

Le soleil se trouve juste à point et dans peu de temps la rosée sur la pointe des herbes sèches se sera envolée jusqu’au soir.

Voulant planter une graine, elle viendra matin et soir l’arroser. Le sol est dur, rocheux constatent les bouts de doigts.

« Oui, c’est vrai », murmure Mandapu. Et qu’est-ce que c’est que ces sifflements misérables ? s’étonne l’oreille droite car celle de gauche les entend à peine ces sifflements.

Elle les entend mieux, l’oreille gauche.

Quiconque aurait crié « Serpent » aurait bondi hors de la bête, loin, puis s’en serait allé dire : Je l’ai vu, déjà il m’a frappé. C’est Dieu qui me garde encore en vie.

Cette tête de cheval, cette tête triangulaire, « carrée » pense Mandapu, tachetée comme une panthère encore que bigarrée comme un tigre, cette petite tête recule.

Le corps aussi sans se retourner, comment fait-il, long, rond, recule, bigarré.

Comme un sombre léopard, le corps.

Ces êtres-là disparaissent tout de suite, se rendent invisibles dans les herbes.

« Peut-être se trouve-t-il encore ici, au pied d’une touffe », pense-t-elle.

Pour la dominer cette touffe d’herbes, derrière laquelle se cacherait le petit serpent, elle monte sur une termitière rouge et morte, et les touffes d’herbes s’étendent à l’infini comme une rivière.

La tension créée par l’apparition d’un serpent, représentant le danger, est présentée de façon métaphorique pour lui rappeler le destin qui l’attend. L'auteur fait  grandir son personnage habilement, à la fois innocente et angoissée par la peur. À travers cette expérience, Mandapu s’arme de courage, devient résiliente face aux menaces et son désir de cultiver et de créer, même dans un environnement difficile.

Sources

Pierre Makombo Bamboté, Princesse Mandapu, © Présence Africaine, 1987 (1972, 1e éd.), 159 p.