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Scholastique Mukasonga

Biographie Scholastique mukasonga

Née en 1956 dans la province de Gikongoro dans le sud-ouest du Rwanda, Scholastique Mukasonga est une écrivaine qui a été contrainte de fuir son pays avec sa famille en 1960 à cause des persécutions ethniques. Après avoir trouvé refuge au Burundi en 1973, elle s’installera en France en 1992. Elle vit actuellement en Normandie.

Elle se met à l’écriture en 2004. Inyensi ou les cafards, son premier ouvrage qui parait en 2006 est un récit autobiographique où elle raconte son enfance. Suivra La femme aux pieds nus (2008) qui célèbre le courage des femmes de la ville de Nyamata, région habitée par les Tutsis envahis et massacrés lors du génocide de 1994.

Dans Notre-Dame du Nil (2012), Scholastique Mukasonga, s’inspirant de son expérience personnelle, explore les rivalités ethniques dans un lycée où les élèves tutsies sont minoritaires. Elle obtient les Prix Renaudot et Ahmadou-Kourouma pour ce roman.

Cœur Tambour (2016) lui fera explorer la diversité culturelle hors du Rwanda. Dans un si beau diplôme (2018), elle accordera une place importante à l’éducation et au diplôme perçu comme symbole d’espoir dans son parcours d’exil.

Morceaux choisis

  • Notre-Dame du Nil, 2012

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Août 2025)

Ce roman est un témoignage précieux sur l’histoire du Rwanda. Scholastique Mukasonga y dénonce les conséquences du colonialisme et dévoile les causes profondes du génocide rwandais. Elle souligne l’importance de reconnaitre les blessures du passé afin de prévenir la répétition de telles tragédies. Par une critique sociale sévère, l’autrice nous éclaire sur les épurations ethniques qui perdurent encore au Rwanda depuis 1959. La haine s’intensifie chaque jour entre les Hutus majoritaires et les Tutsis victimes de discriminations. En mêlant des personnages européens à des gens du pays évoluant dans une intrigue au lycée catholique de jeunes filles, Notre-Dame-du-Nil, Scholastique Mukasonga attire l’attention du lecteur sur les effets néfastes de la politique coloniale qui, selon elle, a largement encouragé la création et l’entretien des divisions ethniques entre les populations sociales et la recherche de nouvelles identités.

« Les Tutsi venaient d’Éthiopie, c’étaient des sortes de Juifs noirs, des coptes émigrés d’Alexandrie, des romains égarés, des cousins des Peuls ou des Masaï, des Sumériens rescapés de Babylone, ils descendaient tout droit du Tibet, de vrais Aryens. Fontenaille s’était juré de découvrir la vérité.

Quand les Hutu, avec l’aide des Belges et des missionnaires, avaient chassé le mwami et s’étaient mis à massacrer les Tutsi, il avait compris qu’il y avait urgence à accomplir ce qu’il s’était promis de faire. »

Dans cette quête identitaire assez confuse, il arrive aux Hutus de changer de camp par alliance cherchant à « se déhutuhiser » en s’enrichissant après une victoire ; toutefois, la trahison leur coute cher et certains voudraient « se détutsiser ».

Malgré la confusion qui règne dans les esprits marqués par des massacres innommables, Scholastique Mukasonga nous fait découvrir les mœurs locales qui pourraient éventuellement réunir un peuple déchiré ; elle évoque par exemple les habitudes alimentaires avec la recette des « vraies » bananes et, dans un passage très poétique, le rôle de cette pluie souveraine, qui s’érige comme une force vitale capable de construire et de détruire à la fois…

« La pluie pendant de longs mois, c’est la Souveraine du Rwanda, bien plus que le roi d’autrefois ou le président d’aujourd’hui, la Pluie, c’est celle qu’on attend, qu’on implore, celle qui décidera de la disette ou de l’abondance, qui sera le bon présage d’un mariage fécond, la première pluie au bout de la saison sèche qui fait danser les enfants qui tendent leurs visages vers le ciel pour accueillir les grosses gouttes tant désirées, (.) la Maîtresse violente, vétilleuse, capricieuse, celle qui crépite sur tous les tôles, ceux cachés sous la bananeraie comme ceux des quartiers bourbeux de la capitale (.) »

Malheureusement, le chemin de la réconciliation sera long pour les protagonistes de Notre-Dame du Nil, car fuir restera le mot d’ordre pour ceux qui veulent échapper à la mort.

Sources

Scholastique Mukasonga, Notre-Dame du Nil, © Éditions Gallimard, Coll. Continents noirs, 2012, 222 p.