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Sembène Ousmane

Biographie Sembe ne ousmane

Né en 1923 à Ziguinchor à 450 kilomètres de Dakar, Sembene Ousmane est une figure majeure de la littérature et du cinéma africains reconnu pour son engagement sur les questions politiques et sociales. Mobilisé par l’armée française en 1942, il intègre les tirailleurs sénégalais dans le 6e régiment d’artillerie coloniale.

En 1946, il émigre clandestinement en France, où il travaille comme docker à Marseille pendant dix ans. Il s’engage activement dans des mouvements syndicaux et politiques, notamment contre la guerre en Indochine et pour l’indépendance de l'Algérie.

Son premier roman, Le docker noir parait en 1956, suivi de Ô pays, mon beau peuple en 1957. En 1960, il sort Les Bouts de bois de Dieu, qui évoque la grève des cheminots de la ligne Dakar-Niger et dépeint la lutte pour des droits équitables face au colonialisme.

Après avoir fait une école de cinéma à Moscou, il réalise son premier court-métrage, Borom Saret, en 1962, suivi de Niaye (1964) et du long métrage Le Mandat (1968) qui est la scénarisation du récit éponyme paru en 1965 où il dénonce les méfaits de la bureaucratie après les indépendances en Afrique.

Paraitront dans les années suivantes d’autres ouvrages et films souvent à teneur militante. Après avoir mené une double carrière comme romancier et réalisateur cinématographique, il décède à Dakar en 2007.

Morceaux choisis

  • Ô pays, mon beau peuple, 1957

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Octobre 2025)

À travers Ô pays, mon beau peuple, Ousmane Sembene dépeint une Afrique déterminée à se reconstruire en montrant le combat d’Oumar pour libérer son pays de ses traditions quelque peu répressives. En rentrant au pays avec son épouse, Isabelle, une Française, il va subir le rejet de sa communauté alors que le couple souhaite construire leur vie et progresser.  Pour Isabelle, qui souhaite s’intégrer, c’est un choc culturel. Elle le raconte dans une lettre à ses parents en France :

« Enfin, je pense qu’il y a aussi une troisième raison qui fait que je ne suis pas très bien accueillie : c’est que nos deux pays ne sont  pas pleinement souverains. Je vais vous recopier une phrase, que je viens de lire dans un livre d’un Chinois dont j’ai oublié le nom, qui vous fera bien comprendre ce que je veux dire : ‘Dans les pays qui sont placés sous une domination étrangère, les individus perdent peu à peu leur puissance créatrice et, de génération en génération, leur énergie diminue.’ J’ignore si je serai comprise un  jour ici, mais pour le moment j’apprends à connaître la race de mon mari, je partage ses angoisses, mais aussi son optimisme. (.)

Vous savez, mes chers parents, il y a une grande différence entre les noirs dont on nous parle en classe ou qu’on voit dans nos spectacles et ceux qui  vivent chez eux. Nous recevons assez souvent une bande de copains, presque tous des jeunes, et c’est comme cela que je m’aperçois des changements qui ont lieu en ce moment. Le noir nonchalant et oisif qui ne se soucie pas du lendemain est en train de disparaître peu à peu, au fur et à mesure que disparaissent les vieux. La jeunesse a  l’air de mieux voir où elle veut aller. »

En citant une pensée d’un auteur chinois anonyme, elle montre l’impact psychologique et social de l’oppression, qui peut engendrer une perte d’identité à long terme. Le rapprochement de deux cultures favorise la naissance des couples mixtes. Pour réussir, le couple doit obéir à certaines règles pour concilier  les différences non seulement à travers la communication et le respect mutuel mais aussi au sein de leurs communautés respectives. Ousmane Sembene montre ici l’ouverture d’esprit de ses personnages principaux face au poids des traditions, qui deviennent une entrave à l’épanouissement de leur couple. Malgré cette situation, l’écrivain demeure optimiste pour le développement de son pays à la veille de son indépendance. Isabelle ressent une certaine dynamique de changement social caractérisé par l’émergence d’une jeunesse plus consciente et ambitieuse, en opposition à l’image désuète du noir oisif qu’elle connaissait. Avec ce roman, Ousmane Sembene rend compte ces débuts de transformations sociétales qui feront partie l’histoire de son pays. Aujourd’hui, le combat continue.

Sources

Sembène Ousmane, Ô pays, mon beau peuple, ©  Le livre contemporain, Presses Pocket, 1957.