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Soumeya Abdelaziz

Biographie Soumeya abdelaziz

Artiste pluridisciplinaire et écrivaine, Soumeya Abdelaziz est née en 1957 à Rabat. Née dans une famille influente du milieu artistique, elle grandit entourée de figures majeures de la chanson marocaine et développe très tôt un gout pour le chant. Après des études de psycho-clinique et ethnopsychiatrie à Paris, elle revient au Maroc et poursuit sa carrière en produisant ses propres œuvres, en radiodiffusion et à l’écran, tout en explorant le cinéma.

Par ailleurs, elle s’intéresse à l’action humanitaire : en 1990, elle collabore avec les Nations Unies sur un album témoignant des souffrances sociales (exploitation des petites bonnes, précarité, émigration). Soumaya Abdelaziz écrit et compose ses chansons ; son œuvre mêle courage civique et sensibilité artistique, reflet d’une vie consacrée à la culture, à la psychologie et à l’engagement social.

En 2016, elle publie une autobiographie, Les saisons infidèles, qui retrace son enfance à Rabat et Salé pour raconter l’histoire d’une famille marocaine et de ses deux héritages : l’amour et les valeurs culturelles d’un côté, et les biens qui fragilisent les liens de l’autre. Son récit, vibrant et humain, offre une vision lumineuse du Maroc, mêlant patrimoine et traditions enracinées dans une écriture très vivante.

Morceaux choisis

  • Les saisons infidèles, 2016

Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (HJ - Août 2025)

Ce passage qui raconte les noces de sa sœur est une illustration du véritable reportage que l’auteure fait de la vie quotidienne d’une famille bourgeoise marocaine de Rabat.

« La nuit était douce et limpide en ce mois de septembre 1969 et la pleine lune enveloppait d’un regard bienveillant notre jardin. Les lampions, dont l’éclairagiste de service avait semé nos arbres, scintillaient dans la nuit comme autant de fruits magiques.

Vers vingt heures, habillés grand soir, débout à l’entrée, mes parents et mes aînés commencèrent à recevoir les premiers arrivants, tous au zénith de leur élégance. Les femmes et les jeunes filles en caftan somptueux et les hommes, pour la plupart, en smoking sombre et papillon. Fermant la marche, coquettement encensés de bois de santal ou parfumé à l’eau de fleurs d’oranger, les doyens de la famille poussaient leur canne, savamment drapés par-dessus une djellaba immaculée, dans un burnous diaphane ivoire. Les unes après les autres, certaines familles entières s’avançaient en cohorte, pour présenter à mes parents leurs vœux de bonheur aux jeunes mariés. En moins d’une heure, notre demeure bourdonnait de monde. Près de quatre cents personnes se répartissent entre salons, tente et jardin. Les effluves du repas de noces qui s’échappaient des cuisines se mêlaient à ceux du bois de santal, que fumaient ça et là, sans discontinuer, les encensoirs d’argent. » (p. 142)

Partagée entre tradition et modernisme, sous l’autorité d’un père qui a réussi par lui-même une ascension sociale remarquable, le conduisant de la vente de bol de faïence à la confection puis à l’automobile et même à l’entreprise de transports et de pompes funèbres, on suit la démarche un peu chaotique de la famille qui se transforme à chaque génération. Non sans crises lorsque le père de famille décide, par exemple, de prendre une seconde épouse. Ce témoignage sur la façon dont la modernité a fait irruption dans une famille marocaine après l’indépendance donne l’envie de voir, neuf années plus tard, comment le Royaume évolue de nos jours dans un monde déchiré par les conflits autour de la Palestine et d’Israel.

Sources

Soumeya Abdelaziz, Les saisons infidèles, © Kalimate d’édition, 2016, 312 p