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Tahar Ben Jelloun

Biographie Tahar ben jelloun

Né à Fès en 1947, Tahar Ben Jelloun est un écrivain et poète très engagé. Après des études secondaires à Tanger, il se forme à la philosophie à l’Université Mohammed V à Rabat. Professeur de philosophie, il démarre en parallèle sa carrière littéraire. Son premier recueil de poèmes, Hommes sous linceul de silence, parait en 1971. Il décide alors de partir en France et s’installe à Paris. Correspondant littéraire au journal Le Monde, il poursuit ses études et obtient un doctorat en psychopathologie sociale.

En 1973, parait Harrouda, son premier roman, suivi de publications dont certains titres parlent d’eux-mêmes :  La prière de l’absent (1981), L’enfant de sable (1985), La nuit sacrée (1987) qui remporte le Prix Goncourt en 1987, L’homme rompu (1994), L’Auberge des pauvres (1999), Cette aveuglante absence de lumière (2001), Partir (2006), Au pays (2006), Le bonheur conjugal (2012), Le mariage de plaisir (2016), Le miel et l’amertume (2020), La couleur des mots (2022).

Il obtient le Prix de l’Amitié franco-arabe pour son recueil de poèmes, Les amandiers sont morts de leurs blessures (1976) et le Prix Radio-Monte-Carlo pour son roman, Moha le fou, Moha le sage (1978).

Dans son œuvre, il explore des thèmes aussi variés que les relations humaines, la condition féminine, l’injustice sociale, l’immigration, l’intolérance et l’éducation. Dans certains textes à teneur didactique, il va plus loin dans son engagement en tant qu’écrivain en livrant, à la manière d’un conteur, des pistes de réflexion dans une collection en littérature jeunesse. On peut citer les récits suivants : L’école perdue (2007), Le racisme expliqué à ma fille (2018), La philo expliquée aux enfants (2022).

Morceaux choisis

  • L’école perdue, 2007
  • Lettre à Delacroix, 2010

Pourquoi j’ai choisi ces textes ? (PN - Septembre 2025)

L’école perdue : Ce court récit de Tahar Ben Jelloun nous interpelle car il est destiné à un public jeune qui a besoin de valeurs pour se construire. Il contient un message d’espoir pour les nouvelles générations. L’intrigue tourne autour de la persévérance d’Abid, qui fort de ses convictions, retourne comme instituteur dans un village dont il est originaire, « un tout petit village qui se situe à une heure d’autobus de la grande ville (.) De petites maisons sans eau courante ni électricité entourent un arbre très grand, un hêtre au troncs nombreux et à l’âge imposant. »

Il fera tout pour vaincre l’ignorance dans un dialogue avec ses élèves :

 

« – Alors, Monsieur Abid, c’est quoi la pire des choses au monde ? ont repris tous les enfants d’une seule voix ?

Après un long silence, j’ai retiré mes lunettes, que j’enlève chaque fois que je deviens grave. (.) et j’ai répondu :

Les anciens, nos ancêtres, nos maîtres, ceux qui nous ont précédés dans l’épreuve, dans le bien et dans la peine,

ceux qui ont réfléchi sans avoir fait de grandes études

ceux qui ont lu des livres et décrypté des messages, des nuages et des forêts (.)

ceux qui ont été humbles et modestes, dignes et graves

ceux qui n’ont jamais fermé le chemin qui mène vers l’école et le savoir

ceux qui ont cité le prophète qui affirmait qu’il faut acquérir le savoir même s’il faut aller jusqu’en Chine

ceux qui n’ont jamais déterré leurs racines pour aller planter dans une terre aride…

ceux-là qui disent que la pire chose au monde n’est ni la mort, ni la maladie, ni la peur, mais l’ignorance. »

 

Dans ce combat contre l’ignorance, Tahar Ben Jelloun puise dans la sagesse populaire africaine pour transmettre un message sur l’importance du savoir. En plongeant le lecteur dans un village en Afrique de l’Ouest, un village sans nom qui pourrait se trouver n’importe où dans le monde, il attire l’attention sur le respect les droits de l’homme et de l’enfant en dénonçant l’exploitation des mineurs et en soulignant l’importance de leur éducation pour s’épanouir et se construire un avenir.

Lettre à Delacroix  : Dans ce merveilleux ouvrage écrit en hommage à Eugène Delacroix, Tahar Ben Jelloun décrit le Maroc tel qu’il a été perçu par le grand artiste qui, par ses toiles et sa correspondance en a brossé un tableau réaliste mettant en lumière les paysages, les scènes de la vie quotidienne, des portraits de femmes et ce qu’il affectionnait le plus, de majestueux chevaux. Tahar Ben Jelloun précise que c’est un Maroc à multiples visages que l’artiste présente, en saisissant à la fois « l’étrange et le familier, l’apparent et le visible, la surface des choses et l’âme des personnes,  l’étonnant et le sublime, l’ironie et la folie ». Par ailleurs, l’écrivain décrit merveilleusement bien la passion de l’artiste pour les chevaux à travers la finesse de son analyse sur la complicité entre l’homme et son cheval dans les merveilleuses toiles telles que Combat d’Arabes dans les montagnes (1863), Choc des cavaliers arabes (1843-1844), Arabe s’apprêtant à seller son cheval (1857), Chevaux à l’abreuvoir (1862). Selon lui, chez  l’artiste qui va peindre en se rappelant ses souvenirs, « la peinture respire la vie, devient mouvement, chant et poème ». Il prend l’exemple de  Noce juive au Maroc (1839) pour montrer que « Le bruit de la soirée a été éliminé. Les conversations ont été effacées, pas les gestes, les mouvements des bras et de  la tête. » Tahar Ben Jelloun évoque aussi les déboires du peintre lorsqu’il sillonnera le pays et constatera des quartiers hostiles, marqués par la violence due à « l’abus de pouvoir, l’arbitraire et l’absence du droit ». Et, lucide sur une situation inadmissible qui sévit encore aujourd’hui, Tahar Ben Jelloun révèle un autre visage d’un pays où, dit-il dans sa lettre à Delacroix, « La corruption dont vous parlez sans la nommer n’a cessé de se généraliser, jusqu’à toucher tous les milieux. » Avec lui, dans cet ouvrage illustré de quelques grands tableaux de l’orientaliste, c’est un plaisir de redécouvrir la représentation de l’humanité au Maroc avec ses zones d’ombre et de lumière à travers la perception d’Eugène Delacroix.

Sources

Tahar Ben Jelloun, L’école perdue, © Gallimard Jeunesse, 2007, 89 p.

Tahar Ben Jelloun, Lettre à Delacroix, © Gallimard, 2010, (1e éd. 2005), 95 p.