Biographie 
Né en 1962 en Centrafrique, de parents togolais, Théo Ananissoh est un écrivain qui vit actuellement à Düsseldorf. Il rejoint le Togo à l’âge de 12 ans et en 1986, se rend à Paris, où il obtient un doctorat en littérature générale et comparée à l’Université de la Sorbonne Nouvelle.
Il enseignera le français dans des collèges en France de 1991 à 1994 et la littérature africaine francophone à l’Université de Cologne de 1996 à 2001.
Résidant près de Düsseldorf depuis 1994, il publie son premier roman, Lisahoé en 2005. Suivra la parution de petites nouvelles et d’autres romans comme : Un reptile par habitant (2007), Le soleil sans se brûler (2015) et Perdre le corps (2020).
Morceaux choisis
- Un reptile par habitant, 2007
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Juin 2026)
Dans ce roman a priori policier, Théo Ananissoh raconte l’histoire de Narcisse, un jeune professeur qui se retrouve impliqué dans le meurtre d’un chef d’état-major de l’armée. La disparition de ce dernier va entrainer des conséquences politiques dramatiques, révélant la corruption et l’absurdité du régime en place. L’écriture concise, fluide et parfois teintée d’humour noir confère au récit une dimension satirique. On y retrouve une critique politique acerbe de la situation des pays africains et leurs pratiques de gouvernance derrière l’intrigue policière.
Ce qui est intéressant dans cet ouvrage, c’est la façon dont l’auteur crée une atmosphère de suspense et d’anticipation dans sa narration. Dans un passage qui évoque la possibilité d’un meurtre politique du colonel Katouka chez sa maîtresse, Édith, l’auteur propose avec une habile sobriété la stratégie qui permettra de détourner l’attention des policiers en faisant croire que malgré ses blessures, il a réussi à fuir.
« Si, comme le supposait le sous-préfet, c’était un meurtre politique, ils viendraient sûrement chez Édith dès le lever du jour. À moins que… Oui… C’était sans doute ce que voulait dire le sous-préfet avec sa métaphore du mort qu’il fallait faire semblant d’enterrer. Les assassins de Katouka s’attendaient à ce qu’Édith se précipite au commissariat de police. Mais voilà qu’elle ne le ferait pas. Ils allaient patienter, puis s’étonner de cet imprévu. (.) Elle devrait aussi se souvenir de faire ses courses comme d’habitude. Aller au marché, plaisanter avec ses connaissances, éclater de rire même. (.) Ne pouvait-on pas les induire explicitement en erreur ? Leur faire croire que le meurtrier n’avait pas bien fait ce qu’il devait faire, que Katouka, bien que salement atteint, avait trouvé la force et la volonté de reprendre sa voiture et de se réfugier de l’autre côté de la frontière. Voilà le scénario. »
Cette manipulation subtile sous-tend l’intrigue et va tenir en haleine le lecteur jusqu’au dénouement, en suivant les états d’âme de Narcisse. Celui-ci, rongé par une fausse culpabilité, mènera à sa manière sa petite enquête pour trouver le meurtrier, qu’il ne pourra même pas dénoncer à la fin ! La politique aurait ses raisons, semble-t-il…
Sources
Théo Ananissoh, Un reptile par habitant, © Éditions Gallimard, 2007, 106 p.