Biographie 
Thierry Thévenet, romancier et photographe est né en 1954 dans la commune de Soisy-sous-Montmorency située dans le Val d’Oise. Cadre, dans une autre vie, dans le domaine des assurances couvrant les opérations du commerce extérieur français, il fut longtemps un grand voyageur. Il vit aujourd’hui sur la côte méditerranéenne, qu’il décrit comme « la fusion de bien des voyages ». La retraite l’a rendu à la plume, convaincu que l’écrit reste plus puissant que l’image. La photographie demeure pourtant son « second regard ».
Depuis 2023, il a fait paraitre quatre livres en quatre ans. Pêle-mêle, en vrac, et autres désordres (2023), recueil d’aphorismes et de nouvelles longtemps oubliées dans un tiroir, où passent la fuite du temps, le partage et les souvenirs d’enfance. Tresse de voyages (2024), journal de bord d’un périple andin du Pérou au Chili par la Bolivie, qui entrelace beautés naturelles, archéologie, légendes et société vivante. Puis deux romans qui forment un cycle familial. Tonton (2025), ancré dans le XXe siècle, suit le parcours d’Adrien, mineur des corons belges porté par ses rêves.
Mom (2026) explore les tensions entre désir d’autonomie et attachement, à travers la mémoire d’une femme arrivée au soir de sa vie, qui transmet à sa fille Christa un parcours d’élans, d’erreurs, et de fidélité obstinée à la liberté
Thierry Thévenet est cofondateur des Plumes des Rivieras, association littéraire franco-italienne.
Morceaux choisis
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (DA - Mai 2026)
Choisir un extrait de Mom relève du casse-tête joyeux. Le roman fourmille de pages fortes : la lettre posthume d’Antonio, lue à voix haute par sa mère ; la scène d’aéroport à Orly où la petite Christa hurle « Papaaaa » sous les yeux de sa mère silencieuse ; l’enfance de Marcel à l’orphelinat, avec Gabriel Aubry, le petit blond aux mètres cubes. Chacune de ces pages aurait sa place dans une anthologie. J’ai retenu la méditation finale du roman, cette litanie répétée comme une formule, « Je n’ai pas de regrets », parce qu’elle dit tout ce que Benoîte aura été, et tout ce que Thierry Thévenet aura voulu écrire.
C’est d’abord un sommet d’écriture. La phrase devient mantra, et le mantra devient pensée. La métaphore du fleuve qui ne remonte jamais vers sa source, l’image du grand théâtre de l’existence où les passions deviennent rétrospectivement de tendres comédies, la comparaison des certitudes anciennes avec ces vieux vêtements qu’on retrouve un jour au fond d’une armoire : la prose y atteint une justesse philosophique sans pesanteur.
C’est ensuite la quintessence de Benoîte. Toute sa vie aura été un refus du regret, un refus de la cage dorée, un refus de céder aux qu’en-dira-t-on. Cette voix de vieille dame au bord du Léman ressemble à une voix de femme libre arrivée au bout de son chemin, et qui transmet à sa fille Christa son « Excalibur » : la liberté.
C’est enfin un passage qui rend justice à l’art du portrait intérieur que Thévenet déploie d’un roman à l’autre. Après les voix ouvrières de Tonton, voici la voix d’une bourgeoise affranchie qui refuse pareillement d’être réduite à ce que son milieu voulait faire d'elle. Une même éthique, deux versants d’une même œuvre.
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