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André Malraux

Biographie Malraux

Nous avons affaire ici à une sorte de monstre de la littérature du XXe siècle tant son parcours dans le monde des lettres, de l’art et de la politique est étonnant, presque chaotique.

Né en 1901, il découvre très tôt la littérature et publie son premier livre à 18 ans. Marié en 1921 mais poussé à la fois par son gout de l’art et le désir de s’enrichir, il part au Cambodge où il manquera d’être emprisonné pour trafic illégal d’œuvres d'art. C’est à ce moment qu’il s’engage en politique et crée un journal anticolonialiste, l’Indochine. Il rentre en France en 1926 et commence une carrière littéraire avec Les Conquérants. Mais c’est en 1933 que La Condition humaine reçoit le Prix Goncourt et consacre sa popularité. Mobilisé alors contre le fascisme, il s’engage pour la guerre d’Espagne en 1936.

La seconde guerre mondiale lui donne l’occasion d’approcher le général de Gaulle dont il deviendra l’admirateur puis le grand ministre des Affaires culturelles à partir de 1958. De là datent la création des Maisons de la culture et la loi sur la sauvegarde du patrimoine. Il fera encore preuve de son engagement en 1964 avec son extraordinaire discours sur le transfert des cendres du résistant Jean Moulin au Panthéon. Retiré de la politique à partir du départ du général en 1969, il s’intéressera alors surtout au mystère de l’art mondial avec Les voix du silence.

Morceaux choisis

  • La condition humaine, 1933
  • L’hommage d’André Malraux à Jean Moulin, 1964

Pourquoi j’ai choisi ces textes ? (HJ - Juin 2024)

L'engagement de Malraux sur l’art et l’archéologie sera dominé très tôt par son engagement politique contre le fascisme. Son expérience indochinoise lui fera écrire La Condition humaine qui met en scène deux types d’hommes différents, les révoltés, plus ou moins solitaires et sans doctrine politique et les révolutionnaires dont les actes sont organisés autour d’une pensée politique réfléchie et assumée. C’est un peu la ligne que suivra pendant la guerre d’Espagne l’américain Ernest Hemingway mais Malraux, dans sa fresque de la Chine des seigneurs de la guerre aura plus d’une longueur d’avance.

« (.) J’ai vu les clôtures de rondins des villages moghols s’ouvrir comme des portes de corral, les cavaliers de Gengis Khan foncer sur leurs petits chevaux hirsutes, l’avant du crâne rasé d’une oreille à l’autre, et leur chevelure grise, longue comme celle des femmes horizontales dans le vent des steppes sous le ciel livide. J’ai vu les vieilles princesses des neiges, comme des reines d’Afrique déjà marquées par les chevauchées de la mort : Mongolie, marches tibétaines, coiffures wisigoths – et, au-dessus des villages putrides, les couvents au parfum de cire dont le parquet reflétait les lamas jaunes et l’Himalaya bleu. Et le grand mausolée de Sun Yat-sen, les soldats des seigneurs de la Guerre avec leurs parapluies. Enfin, j’ai vu la résurrection de l’armée chinoise. Là où passa jadis devant moi dans l’inondation, à travers la dérive des cadavres, le canot du bourreau vêtu de rouge dont le sabre court reflétait gaiement le ciel lavé, j’ai atterri près des hauts fourneaux de Han-yang... »   

Il percevra l’un des premiers les germes de la décomposition des nationalistes et devinera la montée des communistes au pouvoir à partir de 1949. Mais c’est le compagnonnage avec le général de Gaulle qui révèlera (ou transfigurera) le nouveau Malraux devenu plus français qu’internationaliste, et persuadé que le changement du monde peut se faire davantage par la culture que par les armes. À la condition que jamais ne cesse le combat pour la liberté dont l’expression la plus grande et la plus solennelle est le fameux discours du Panthéon, qui est un des plus beaux morceaux de littérature de l’épopée gaullienne.

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