Biographie
Vénus Khoury-Ghata, née en 1937 près de Beyrouth est aujourd’hui une des figures majeures de la littérature francophone contemporaine. Fille d’un ancien moine devenu militaire, elle fait des études littéraires à Beyrouth, devient journaliste et publie son premier recueil de poèmes, Les visages inachevés en 1966. Son premier roman, Les inadaptés, parait en 1971. Fuyant la guerre au Liban, elle s’installe à Paris en 1972 avec son deuxième mari, Jean Ghata, un scientifique français.
Autrice d’une œuvre prolifique constituée d’une quarantaine d’ouvrages traduits en 15 langues, elle reçoit de nombreux prix comme le Grand Prix de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre poétique en 2009. En 2011, elle obtient le Prix Goncourt de la poésie. Son recueil de poèmes, Les ombres et leurs cris est récompensé par le Prix Apollinaire, et Un faux pas du soleil par le Prix Mallarmé en 1982. Elle est également membre de plusieurs jurys littéraires et du Parlement des écrivaines francophones.
Dans son œuvre, elle accorde une place importante aux destins féminins, comme on le voit, par exemple, dans Ce qui reste des hommes (2021). Proche des siens, sensible à leur détresse, elle exprime en une phrase son avis, « La guerre ne profita à personne » dans son recueil de poèmes, Qui parle au nom du jasmin (1980), dédié à sa fille, Yasmine.
Dans son œuvre, elle a l’art de jouer avec les mots et les métaphores pour nous toucher sur toutes les thématiques, surtout celles en rapport avec les violences subies par l’homme et la nature. Les maisons prennent vie, les arbres s’animent, la nature s’éveille tantôt dans l’humour, tantôt dans une profonde tristesse.
Elle décède à l’âge de 88 ans à Paris, le 28 janvier 2026 en nous laissant une œuvre prolifique constituée d’une quarantaine de romans et de recueils de poésie traduits en quinze langues.
Morceaux choisis
- Ce qui reste des hommes, 2021
- Qui parle au nom du jasmin, 2025
Pourquoi j’ai choisi ces textes ? (HJ /PN)
Ce qui reste des hommes : (HJ - Juin 2025)
Deux femmes, Diane et Hélène, entre dialogue et soliloque. L’une a perdu son mari assassiné. Elle retrouve la maison du meurtre et découvre que cette dernière a été squattée par deux individus qu'elle accueille, qui se révèlent parfaits mais dont on ne saura jamais s’ils sont les assassins de son mari. C’est la même qui s’est mis dans la tête de commander à un marbrier une concession pour deux personnes... Mais le problème est de trouver l’homme qui acceptera, mort, de partager avec elle la tombe. D’autant qu’il y a d’autres ombres d’amours passées qu’elle consulte avec son amie Diane sur un guéridon hanté. Dans leurs aventures présentes ou passées, les deux femmes sont en manque d’un homme, tout en sachant que ceux qu’elles pourront trouver, même un sinologue retrouvé après tant d’années, ne leur apporteront rien.
Dans ce récit, Vénus Khoury-Ghata choisit un ton léger pour traiter le thème de la mort et celui de la solitude liée à la vieillesse. Personne n’y échappe, en effet. Sur un ton à la fois cynique et humoristique, l’autrice, pragmatique, offre à ses héroïnes des pistes pour ne pas sombrer dans la nostalgie et la mélancolie.
« Et maudit, ton sinologue qui te fait courir alors qu’il n’est peut-être plus de ce monde. Tu ne voulais pas de lui chez toi, à l’époque. Chacun chez soi. Rencontres accordées avec parcimonie pour mieux écrire. Écrire : ta seule thérapie, même quand le monde est sur le point de s’effondrer et qu’il ne restera personne pour raconter ce qui s’est passé.
Tu délaissais les hommes en chair et en os pour ceux en papier. Ne fréquentais que les personnages de tes romans, les seuls fiables, d’après toi. Tes amis craignaient que tu ne mettre fin à tes jours. Alors que tu écrivais. »
Écrire serait alors salvateur comme on le voit dans les échanges épistolaires des deux femmes, qui mêlent réflexions et solutions pour meubler leur vieillesse. Ou bien, à défaut de rien, tellement rien que l’âge venu, il vaut mieux un chat...
L'homme triste, Qui parle au nom du jasmin, 2025 (PN - Octobre 2025)
Des mots qui blessent et les incompréhensions sont des réalités courantes et mènent souvent à l’isolement. Ce texte nous attire par sa beauté stylistique et les images puissantes utilisées pour évoquer des thèmes universels. Il incite le lecteur à réfléchir sur la vie et les conséquences de ses paroles et de ses actions. Vénus Khoury-Ghata décrit un personnage dont les mots, devenus blessants au contact du froid, illustrent sa douleur et sa solitude. Il lutte pour exprimer ses sentiments, mais ne parvient qu’à produire une buée. Il devra rendre compte de ses actions. Mais est-ce qu’il sera vraiment le seul responsable dans un monde hostile ? Il y a des mots qui blessent et ceux qui guérissent.
Sources
Vénus Khoury-Ghata, Ce qui reste des hommes, © Actes Sud, 2021, 123 p.
Lisez les morceaux choisis
Venus khoury ghata qui parle au nom du jasmin (58.18 Ko)