Biographie 
Né en 1950 à Suresnes, en région parisienne, de parents d’origine kabyle, Ali Saad, directeur de la photographie et cameraman pour la télévision est un homme de lettres, passionné de poésie. Suite à des études de sociologie, de journalisme et d’audiovisuel, il fera carrière pendant quarante ans sur les plateaux de télévision. Aujourd’hui, il se consacre à l’écriture et en véritable amoureux des lettres, il partage sa passion en organisant des rencontres autour du livre. En 2012, il crée la librairie-café « L’Ivraie » pour réunir des poètes autour du livre et de la musique à Douarnenez dans le Finistère. Après dix ans, ce lieu de rendez-vous des poètes se transforme en « l’Ivraisemblable », un espace désormais dédié au spectacle vivant avec, à l’affiche, des pièces de théâtre, des concerts et des animations pour la jeunesse. Président de la maison de la Poésie de Douarnenez, il est également co-fondateur du Salon de la poésie et du livre, « Baie des plumes » qu’il organise depuis 2018.
Marqué par le déracinement et le tiraillement entre deux pays, la France et l’Algérie, Ali Saad publie en 1992 son premier roman Les chemins d’Ilje, suivi d’un deuxième, une auto-fiction, Le Phonétographe, Journal de ma diglossie (2025). Le narrateur, en quête d’identité, tente de concilier deux langues, le berbère et le français, en inventant un outil, qui, comme il le dit, est capable de « transformer chaque mot français, prononcé dans un micro, dans le phonème correspondant d’une autre langue, à l’écrit ». Dans ce récit sous-tendu par un rapport de forces entre deux langues, on apprécie la sincérité d’Ali Saad qui explore les conséquences tragiques de l’appartenance à une double culture. Son écriture nous frappe par son âpreté implacable que vient traverser en filigrane une poésie attendrissante.
Morceaux choisis
Pourquoi j’ai choisi ce texte ? (PN - Mai 2026)
Dans ce récit, Ali Saad décrit la souffrance de son héros, Ilje, marqué à jamais par une scène de guerre en 1956 qui bouleverse sa communauté et son équilibre intérieur. Atteint d’aphasie, il oscille entre ses souvenirs d’enfance et un présent très perturbé. Il cherche à réconcilier ses langues à travers un outil inventé, le phonétographe mais c’est surtout l’alcool qui lui offre un répit temporaire avec des brefs moments de lucidité où il essaie de se raisonner pour comprendre son parcours. On suit le cheminement difficile d’Ilje, doublement meurtri par la souffrance de sa mère atteinte de la maladie de Parkinson et sa propre lutte intérieure. La plume d’Ali Saad mêle habilement la poésie à la représentation de la dure réalité de la guerre, rendant ses personnages très attachants dans leur quête d’équilibre et de sérénité.
L’extrait choisi qui décrit une scène empreinte de symbolisme religieux, semble illustrer un processus de purification où l’enfant, figure d’innocence, prie pour l’homme qu’il deviendra, évoquant la quête d’un regard pur face à la brutalité humaine. Il s’agit d’une rencontre éphémère entre l’enfant et l’adulte, qui se précipitent l’un vers l’autre avant de se perdre dans l’imaginaire. Dans une atmosphère tendue, entre bistrot et église, l’espoir est fragile, l’homme demeure vulnérable. Ce texte saisit avec une intensité poétique la fugacité du temps et l’emprise de l’angoisse face à la violence du monde, symbolisée par l’annonce de la guerre à la radio. Les guerres anéantissent l’identité des peuples. Face à l’adversité, jusqu’où ira la résistance des individus pour préserver leurs langues, leurs cultures, leurs convictions ou leur dignité ? Au point de défier la peur, la douleur ou la mort ? La limite de cette résistance reste souvent incertaine, révélant la force et la fragilité de l’esprit humain, semble nous suggérer Ali Saad qui essaie de réconcilier son héros avec un passé douloureux.
Lisez les morceaux choisis
Ali saad le phone tographe (65.73 Ko)